Je vous le dis tout de suite, face à ce titre ultra racoleur, je n’ai absolument pas la réponse. Depuis que je suis toute petite, je me pose des questions qui m’ont poussé à me sentir décalée : c’est quoi ma mission ? Suis-je heureuse ? Parce que ça veut dire quoi d’ailleurs être heureuse ? Les années passent et la question est toujours là, elle vient me réveiller la nuit et encombre mes journées : suis-je vraiment heureuse ? Parce que c’est quoi au juste être heureuse ? Mais pourquoiiiii personne ne me donne le mode d’emploi !

Il y a quatre ans j’ai déménagé dans un lieu que j’affectionne particulièrement, pour lequel j’ai eu un coup de foudre total. Il y a un an j’ai décidé de me lancer à mon compte, de faire moi-même, d’être mon propre patron. Je me disais que si je n’étais pas capable de répondre avec confiance et certitude à la question « suis-je heureuse ? » c’est qu’un truc clochait, et qu’il fallait changer quelque chose.

Bien dans ma maison, bien dans mon job, j’allais forcément être heureuse, c’est ça qu’il me manquait !

Seulement voilà, une fois le pétillant de la nouveauté passé (déménager, trouver des nouveaux meubles, décorer, définir mon activité professionnelle, vendre mes premiers produits, en sortir d’autres…) la routine se réinstalle, avec ses bons moments et ses galères. Et me voilà toujours bien incapable de répondre à cette question.

Depuis 4 ans, je travaille intensément sur moi : thérapie, chiropractie, soins énergétiques… Je crois que j’ai à peu près tout testé et raconté ma vie en long en large et en travers à un paquet de praticiens. Et il y a une chose étrange dans ce travail sur moi, par rapport à ma personnalité et ma façon de voir les choses, plus je me suis intéressée au développement personnel, plus j’ai eu du mal à répondre à cette question « Suis-je heureuse et c’est quoi exactement être heureuse ? »(Sortez vos copies, vous avez 3 heures :D ).

Me poser des questions sur tout a fait grandir en moi, petit à petit, une vision idéalisée de ce qu’est une vie heureuse. J’ai attendu d’avoir 34 ans pour réaliser que chacun a sa définition d’une vie heureuse, épanouie, accomplie, et qu’elle dépend grandement de notre éducation, nos croyances, notre environnement, j’oublie certainement d’autres paramètres.

Il y a peu, je voyais donc un praticien pour lui faire part de mon angoisse d’être incapable de répondre à cette question. Celui-ci m’interroge alors sur ma vision « d’être heureux » : qu’est ce que j’inclue là-dedans ? J’imagine ça comment ? Me voilà à expliquer qu’être heureux, c’est se réveiller avec un grand sourire, super contente à l’idée de démarrer ma journée, faire plein de choses, créer, regarder mon homme et avoir le coeur qui bat à 100 à l’heure (tout le temps), organiser des fêtes avec mes proches, que tout le monde s’amuse, rit… Qu’on en garde un souvenir mémorable, que tout soit fête, magie, surprise, découverte (et pourquoi pas avec des paillettes) ! On a donc éclaté de rire en même temps !

Voilà que je réalise à que c’est ma vision actuelle d’une vie heureuse qui m’empêche simplement de répondre à cette question quand d’autres y répondent facilement !

Et que je trouve enfin d’où elle me vient. Moi qui prône l’idée de profiter des bons moments au milieu des galères du quotidien, j’ai, sans m’en rendre compte, occulté la possibilité qu’il existe des galères et moments difficiles dans une vie pourtant heureuse.

Et mon intérêt pour le développement personnel (ainsi que ma passion pour internet) n’a fait qu’accroître ce sentiment de « pas assez ». A force de lire des histoires de vies, de personnes qui ont tout plaqué, ont monté une entreprise qui a tout changé; des personnes qui se lèvent le matin avec le sourire, gagnent facilement leur vie, sont toujours dans une belle énergie, vivent dans des intérieurs magnifiques, avec des enfants pleinement épanouis, font des voyages grandioses… A force de lire tout cela, que ce soit dans des romans, magazines, ou sur des blogs, j’ai validé et validé ma vision d’une vie heureuse, sans difficultés, sans moments tristes, sans galères du quotidien. Et j’ai continué ma course infernale (ce truc qui tourne dans ma tête à l’image d’un petit hamster qui tourne indéfiniment dans sa roue) à la recherche d’une image d’une vie heureuse sans un seul nuage. Qui m’empêchait tout simplement de répondre oui à la question « Suis-je heureuse ? ».

Il y a quelques nuits de cela j’ai fait un rêve qui m’a aidé à mettre le doigt sur tout cela : j’étais contente qu’on me dise que j’ai l’air heureux après le travail sur moi de ces dernières années, puis je me fais cette réflexion « ok les gens disent que j’ai l’air heureux, ça me fait plaisir, mais le suis-je vraiment ou est-ce que j’en ai juste l’air ? Mais comment on fait pour être heureux ? », avant de me répondre à moi-même (toujours en rêve) « et si tu arrêtais tout simplement de te poser cette question ! ». Après j’ai enchaîné « Alors on fait quoi maintenant ? Et bien on écrit un livre ! » (une envie qui me taraude depuis toute petite et qui vient me relancer dans mon sommeil).

Au réveil, j’ai réalisé que la réponse à cette question que je n’arrête pas de me poser était donc certainement ailleurs : vivre tout simplement. Profiter de ce qui est là. Vivre, faire, arrêter de me poser des questions.

J’ai réalisé qu’être triste a toujours été associé à ne pas être heureuse pour moi. Que j’ai entendu des phrases du type « tu as l’air triste, j’aimerai pourtant tellement que tu sois heureuse ». Donc si on est parfois triste, on est pas heureux (merci petite croyance !). Or comment ne jamais être triste face aux aléas de la vie, qui nous envoient parfois des moments merveilleux et parfois des épreuves à passer ? Je crois avoir longtemps confondu être « joyeux » et être « heureux ». Car il me semble que l’on peut être heureux sans avoir toujours un grand sourire. On peut être heureux tout en ayant besoin de moments rien qu’à soi, pour se recentrer, pour se faire du bien, pour se libérer, parce qu’on fait face à une difficulté. Pourtant, je croyais que les gens vraiment heureux étaient joyeux tout le temps. Je ne m’autorisais pas à être triste, à accueillir cette émotion, puisque je voulais être heureuse, et donc joyeuse.

Aujourd’hui, j’essaye d’accepter doucement d’être parfois triste, d’avoir des moments moins agréables. Et étrangement, c’est en acceptant d’être parfois moins bien que je sens enfin capable de dire que oui, je suis heureuse ! Mais que pour autant parfois c’est difficile, que parfois oui, je suis triste, que parfois oui j’ai peur, que parfois oui je doute, que parfois oui je suis en colère. Avant je n’aurais pas cru que tout cela puisse être compatible : une personne heureuse n’est pas triste, n’a pas peur, ne doute pas, n’est jamais en colère. La barre était très très haute pour être heureuse un jour. J’ai enlevé toute cette pression autour du bonheur et de l’épanouissement que me renvoient parfois les réseaux sociaux, les magazines, les romans feel good.

Même si cela peut paraître d’une grande banalité, je réalise (et surtout, j’en ai pris vraiment conscience) que pour pouvoir être heureuse, je peux toujours déménager, changer de boulot, faire le tour du monde, je dois d’abord poursuivre ce chemin à accepter d’être imparfaite, que ce soit variable, d’être juste moi-même, humaine, et accepter d’avoir des passages plus lourds avec des émotions à libérer. J’écris beaucoup pour les libérer, trois pages au moins chaque matin au réveil. Et je me suis dit que j’en publierai une partie ici aujourd’hui. C’est donc fait.

Et pour vous, c’est quoi être heureux ?