S’il y a bien une question qui me laisse totalement perplexe (et qui m’angoisse légèrement) c’est la fameuse interrogation « Tu fais quoi dans la vie ? ». Une question qu’on me demande souvent par message privé via le groupe des Slow Lifeuses, depuis que j’ai décidé d’entreprendre. Alors j’ai décidé d’y répondre ici. 

D’abord, cela a commencé lors de mes études. Je n’ai même pas le BAC en poche, et pourtant, il y a toujours un « adulte » pour me demander « Tu veux faire quoi plus tard ? » ou « Tu veux faire quoi dans la vie ? ». C’est la panique : je n’ai même pas 17 ans et je suis censée savoir ce que je veux « faire de ma vie ». Seulement, je n’ai absolument pas la réponse à cette question. Je voudrais bien faire des études littéraires, parce que mon truc c’est les mots et les livres. Et parce que soyons clairs, je n’ai absolument aucunes facilités en maths ni en économie (c’est déjà moins pire que les maths, mais je suspectais déjà que je n’allais pas faire carrière dans le domaine). Malheureusement, on m’explique que c’est une bien mauvaise idée d’aller en filière littéraire, qu’il n’y a aucun débouché, et qu’avec un Bac éco en poche, je pourrais plus aisément accéder à tout un tas d’études géniales qui m’ouvriront la porte de tout un tas de jobs. Alors j’écoute ce que l’on me dit, je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie, mais je veux un boulot, comme tout le monde.

Le Bac approchant, il est temps de choisir la suite de mes études. A l’époque, on saisissait ça sur le Minitel (si tu as moins de 25 ans et que tu passes par là, sache que c’était une machine qui ressemblait vaguement à un ordinateur et dont la connexion coûtait affreusement cher, il n’était pas question d’y passer la journée à regarder des vidéos de chats), il fallait entrer trois choix d’établissements où l’on souhaitait faire ses études. Je n’ai jamais rien saisi comme choix d’études, tant la question m’angoissait. Dans la panique de dernière minute, ma mère m’a inscrit en « Art et Communication« , parce qu’elle m’imaginait bien là-dedans (merci maman si tu passes par là, car je crois que tu n’aurais pas pu mieux trouver). Je débarque à la Sorbonne, je découvre qu’il n’y a pas un brin d’économie ni de mathématiques au programme, et que la majorité des élèves arrivent d’une filière littéraire. Grrrrr mais pourquoi je me suis tapée tout ça moi !

« Bon, et maintenant que tu as choisi Art et Communication comme filière, tu veux travailler dans quoi ? ». Re-panique. Après quatre ans d’études, j’ai une maîtrise en Information et Communication en poche, mais je me sens toujours bien incapable de répondre à cette question. Je passe le concours pour entrer en DESS de Journalisme culturel (entre temps, le DESS était devenu le Master 2, je vous passe les détails mais j’ai été à l’université en plein milieu du changement Maîtrise puis DESS > Master 1 puis Master 2, ce qui fait que j’ai réalisé deux mémoires de fin d’études, la double peine !), je suis retenue et c’est la révélation : je veux ECRIRE et raconter des histoires !

Mais heu… C’est pas un métier ça !

Ah bon ? Mince, retour à la case départ ! Je suis donc toujours incapable de répondre à cette question. Je trouve un boulot le lendemain de la fin de mon Master 2, je deviens journaliste web. Ahhhh, je suis soulagée, je peux enfin répondre à cette fameuse question « Tu fais quoi dans la vie ? ». Oh moi, je suis « journaliste oueeeb ». Méga fierté, je rentre dans une case.

Je me souviens encore de ce soulagement, cette impression d’être quelqu’un lors des conversations en soirées, avec des inconnus, des amis… Et puis je progresse, je deviens Chef de projet éditorial web (le nom est tellement compliqué, qu’en plus on ne me demande même plus de détails sur ce que je fais de mes journées) puis Rédactrice en chef pour un magazine en ligne.

Consécration : je suis dotée d’une magnifique étiquette que tout le monde comprend.

Enfin presque, car j’ai mis les pieds dans des rédactions web il y a plus de dix ans, ce qui ne faisait pas partie des jobs les plus courants. J’enlevais donc le mot « internet », « web », « en ligne », et zou, c’était dans la poche, je pouvais répondre avec fierté et entrain à la question « Tu fais quoi dans la vie ? ».

À moi les soirées autour d’un cocktail à parler boulot !

Et puis, patatrac. L’entreprise pour laquelle je travaillais met la clé sous la porte pendant que moi je pousse celle de Pôle Emploi. La question « Tu fais quoi dans la vie ? » n’est désormais plus pesante, elle est carrément angoissante. J’assume les premiers temps « Je suis chômeuse » (quel mot effroyablement moche), « Je suis en recherche d’emploi ». Puis j’en ai carrément ras le bol de voir tout un panel d’expressions passer dans les yeux de mes interlocuteurs : la peur (du chômage), la pitié (du chômeur), le désintérêt (tu ne fais rien dans la vie, que va t’on pouvoir se raconter du coup ?). Je me mets à fuir les soirées où je risque de rencontrer de nouvelles personnes qui ne connaissent pas mon histoire.

Sortir des cases, s’affranchir des étiquettes, c’est très compliqué. J’ai totalement arrêté de poser cette question aux gens que je rencontre pour la première fois. Je sais combien elle peut être oppressante : quand on vient de perdre son job du jour au lendemain par exemple, on peut avoir cette impression de ne plus rien être du tout, d’avoir perdu une part de son identité en perdant son emploi. Je pense aussi aux mères de famille.

Alors si tu passes par là et que certains de mes mots raisonnent en toi, n’oublie jamais que tu es toi, juste toi, parfaitement comme il faut, que tu sois équipé ou non d’un bel intitulé de poste.

Depuis, j’ai vécu bien d’autres choses, autre poste, autres activités… Puis j’ai décidé d’entreprendre l’été dernier. Et quand on entreprend pour être soi, je ne vous raconte même pas ce que peut donner la question « Tu fais quoi dans la vie ? » : « Alors, t’as 3 bonnes heures devant toi pour que je te raconte…? ».

Allez résumer une telle activité sur un CV : bon alors, j’étais journaliste, mon truc c’est les mots, rédiger, écrire. Mais j’ai aussi managé des rédacteurs quand j’étais Rédactrice en chef, donc j’aime former, voir les gens grandir. Il m’arrive donc d’accompagner des entrepreneuses pour les aider à rédiger et se débloquer (pour leur site, leur newsletter), grandir, être elles… Entre temps je me suis aussi formée au graphisme, donc je créé des produits de papeterie, pour d’autres entrepreneuses, pour moi aussi. Je m’auto-édite. Tiens, ça m’arrive aussi de travailler sur les sites internet d’entrepreneuses, j’aime raconter des histoires, leurs histoires, les aider à créer un univers qui leur ressemblent et dont elles sont fières. Des programmes ? Ah oui j’organise aussi des ateliers, à la photo (pour les entrepreneuses et blogueuses), mais aussi des ateliers Feel good pour les Slow Lifeuses, des expériences de vie pour profiter de chaque instant, se rappeler ce qui compte vraiment… J’espère que je n’ai rien oublié, j’ai un doute là. Non parce que demain je suis capable de faire encore un truc en plus.

Mais du coup, tu fais QUOI exactement dans la vie, c’est quoi ton métier ?

Mon métier, c’est « blogueuse professionnelle« , si tu as besoin d’une étiquette. C’est ma coach Céline Pod qui a fini par me le trouver, pour que je puisse répondre aux besoins de cases de la société. Il est très pratique : avec ça, je peux faire tout ce que je veux. Et je crois que ce besoin de liberté a toujours été profondément ancré au fond de moi.

Mais en vrai dans la vie, je vis, je ris, je profite, j’expérimente, je me plante, je me relève, je me replante, je me re-relève, je suis contente, je suis au fond du trou, j’hésite, je fonce, j’apprends.

Voilà ce que je fais dans la vie.

Et toi ?